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Les Rencontres d’Uniformation - Paris le 11 octobre 2017

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Le monde de la formation professionnelle en mouvement ?

Le 11 octobre dernier, 80 partenaires sociaux et administrateurs d’Uniformation se sont retrouvés à Paris lors des Rencontres d’Uniformation. Cette deuxième édition était consacrée aux nouvelles pratiques formatives digitales et aux expériences menées dans ce domaine ; l’occasion aussi de faire le point sur les réformes en cours : les ordonnances réformant le code du travail, la formation professionnelle et l’apprentissage.

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Vent de réformes

En ouverture de ces 2e rencontres, Thierry Dez, directeur général d’Uniformation, est revenu sur le contexte actuel de réformes « dont il est difficile de faire abstraction » dans la mesure où elles vont affecter la formation professionnelle. Il parle d’un « rubik’s cube » des différentes réformes (ordonnances, pouvoir d'achat, formation professionnelle, apprentissage, assurance chômage, retraite) puisque toutes interagissent et qu’elles définiront les nouvelles missions des OPCA, OPACIF, OCTA et les évolutions de leur gouvernance. Le gouvernement a en effet annoncé que, dans le domaine de la formation professionnelle continue, l'une des priorités sera mise sur les jeunes et les demandeurs d’emploi, premières cibles du plan d’investissement « compétences » auquel 15 milliards d’euros ont été alloués.

Le réforme tendrait vers l’individualisation des droits à la formation, tout en cherchant à en améliorer l’accès ; elle prévoirait l’élargissement du compte personnel de formation, voire la fusion du CPF et du CIF. Elle viserait aussi l'augmentation du contrôle de la qualité de l’offre de formation : va-t-on vers des labels renforcés, un label unique ? La période de professionnalisation serait également remise en cause ; on parle d’une fusion / harmonisation entre le contrat d’apprentissage et le contrat de professionnalisation, mais rien n’est encore scellé. Reste à voir quelle sera la place des branches et/ou des régions dans les nouveaux dispositifs.

Un nouveau sujet a émergé des discussions gouvernementales : l'éventuelle centralisation de la collecte par l’Urssaf.

Rubik’s cube des réformes

Réforme du code du travail, de la formation professionnelle, de l’assurance chômage, des retraites, augmentation du pouvoir d’achat pour les exonérations de charges salariales, autant de réformes imbriquées qui vont modifier le paysage de la formation professionnelle. Les ordonnances « travail » prévoient tout d’abord le renforcement de la négociation collective, en fixant la primauté des accords de branches dans 11 domaines. « La formation professionnelle demeure une priorité des branches, mais il est possible que les choses changent, dans les grandes entreprises notamment qui récupèrent une responsabilité accrue en matière de négociation sur la formation professionnelle continue », reconnaît Thierry Dez. Les ordonnances rendent obligatoires les clauses en direction des entreprises de moins de 50 salariés dans les accords de branche pour qu’ils soient étendus, organisent les négociations dans les entreprises sans délégué syndical et celles conduites avec des élus mandatés par les salariés. Elles prévoient la généralisation des accords d’entreprise majoritaires avant le 1er mai 2018 et la restructuration des branches avant l’été 2018.

Elles réforment également le dialogue social dans l’entreprise avec la création du comité social et économique (CSE) dans lequel pourront être fusionnées toutes les instances de représentation du personnel. Les ordonnances visent également à la sécurisation des relations de travail en donnant un cadre au télétravail (même si le texte est assez ambigu), en révisant le barème des indemnités pour licenciement, en fixant une nouvelle règle d’appréciation des motifs économiques de licenciement.

Des sujets d’inquiétude

Les ordonnances prévoient donc la nécessité de remplacer la concertation sur la gestion des emplois et des parcours professionnels par des négociations tous les 4 ans dans les entreprises de plus de 300 salariés. Et surtout, elle pose le principe des « garanties au moins équivalentes » dans les accords d’entreprise qui permettraient aux employeurs de ne pas suivre les mesures prévues par un accord de branche. Concrètement, quand bien même un accord de branche désignerait un OPCA, les entreprises seraient libres d’en choisir un autre pour peu qu’il apporte « des garanties au moins équivalentes »… Ce qui constitue un vrai sujet d’inquiétude.
Du côté de l’insertion professionnelle, les choses bougent également, avec la fin annoncée des contrats aidés (CAE, CUI, etc.). Uniformation reste très présent sur le terrain de l'insertion en formulant différentes propositions notamment dans le cadre de la mission Borello.

« Cette réforme va chambouler la formation professionnelle… comme les précédentes auxquelles Uniformation a toujours su faire face. Uniformation est le premier OPCA en termes de contributions conventionnelles. Notre assise est solide », tient à rassurer Thierry Dez. D’autant qu’Uniformation a un temps d’avance sur le conseil en évolution professionnelle (CEP) sur lequel des conseillers ont été recrutés dès 2015. 3 000 à 4 000 CEP de niveau 2 sont conduits chaque année. Uniformation a aussi fortement investi dans le contrôle de la qualité de l’offre des 22 000 organismes de formations référencés à ce jour. L’OPCA participe à la gouvernance de la qualité au sein du GIE Datadock.

Enfin, Uniformation a voulu être présent sur le sujet des Jeux olympiques de Paris 2024. D’une part, puisqu’il est l’OPCA de la branche sport et très engagé dans les actions de formation et de reconversion des sportifs. D’autre part, parce que les branches de l’économie sociale qu’il couvre sont attendues pour accompagner les retombées sociales, culturelles, etc. d’un tel événement. « Plus vite, plus haut, plus fort », voilà bien un programme ambitieux pour Uniformation !

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Digitalisation de la formation, et après…

On entend souvent que les formations en présentiel seront bientôt remplacées par des formations digitales. Mais qu’en est-il vraiment ? Marc Dennery, cofondateur de C-Campus et spécialiste de la formation, dresse un état des lieux des nouvelles pratiques de formation qui font la part belle au digital et questionnent l’évolution des modèles pédagogiques.

Tous à vos écrans ! Formation à distance (FOAD), cours massif ouvert en ligne (MOOC) développés pour une entreprise spécifique (COOC et SPOC) et aboutissant ou non à une certification, formation en situation de travail (FEST)… la révolution de la formation professionnelle est en marche. Le recours aux outils numériques engendre « une nouvelle manière de se former et d’appréhender l’information », constate Marc Dennery. Mais pour le cofondateur de C-Campus, les stages en présentiel, la FOAD et la FEST (digitale ou non) ne sont que trois modalités pédagogiques, que l’on oppose souvent alors que c’est bien la combinaison des trois qui doit constituer le modèle de la formation professionnelle de demain.

Multitudes de pratiques

La digitalisation de la formation recouvre une multitude de pratiques de l’e-learning (lourd à utiliser et complexe à développer) aux tutoriels en ligne, aujourd’hui étendus à la formation professionnelle et plus simples (et bien moins cher) à réaliser. Le digital learning englobe toutes ces formes de produits numériques, « avec du bon et du moins bon », reconnaît Marc Dennery. Un bon MOOC représente un coût de fabrication de l’ordre de 50 000 à 300 000 euros ! Comment les organismes de formation et les OPCA peuvent agir pour financer leur développement ? La loi El-Khomri parle de parcours de formation qui associent présentiel, FOAD et FEST. Mais elle souligne surtout l’importance de l’accompagnement pédagogique.

« Depuis les années 1970, on sait la grande difficulté à apprendre seul. Or, quand on recourt au digital learning, on est seul face à son écran et le taux d’abandon est élevé, de l’ordre de 85 % sur les MOOC ! » La digitalisation a pu laisser penser qu’on pourrait se passer de l’humain, il n’est en rien : l’accompagnement est fondamental. Il peut s’agir d’aide à la planification de l’apprentissage, à la prise de notes, à la rédaction de rapport, etc. « On parle d’industrialisation de l’e-learning, mais elle ne se fera pas sans accompagnement », martèle Marc Dennery qui milite en faveur du maintien du présentiel et de la dynamique de groupe.

Fracture numérique et pédagogique ?

Si les grands groupes investissent dans le digital learning, la majorité des organismes de formation n’ont pas les moyens de transformer leurs formations en e-learning. « La transformation digitale des organismes de formation et la numérisation des contenus pédagogiques constituent un enjeu phénoménal ». Si le digital permet de former là où on ne formait pas auparavant, il fait aussi porter la responsabilité de la formation sur les salariés. Mais quid de ceux qui ne souhaitent pas se former et comment dès lors éviter la fracture pédagogique ? « Le formateur va changer de métier. Aujourd’hui, il transmet des connaissances, mais demain, il deviendra accompagnateur pédagogique. On passera du face à face à l’accompagnement individuel, à l’instar du secteur industriel, on est passé au sur-mesure en grande série. »

Reste à voir comment les OPCA pourront accompagner ce mouvement de digitalisation dont on est aux prémices.

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Les formations digitales, c’est déjà demain (des adhérents racontent)

Reconversion à distance

Comment faire pour que des joueurs de rugby professionnels en activité, éparpillés dans toute la France et qui, pour certains, ont arrêté les études depuis longtemps se forment ? Tel est le défi auquel était confronté Provale, syndicat professionnel des rugbymen. Un défi d’autant plus important à relever que la vie de sportif pro est courte et oblige à la reconversion professionnelle. La réponse ? La formation en ligne.

Provale s’est associé à une école de commerce, la Toulouse Business School, pour imaginer « Parcours manager », une formation aux métiers commerciaux (comptabilité, gestion, management, RH, etc.). Les sportifs stagiaires choisissent un créneau horaire commun pour suivre ensemble cette classe virtuelle, formation à distance de 250 heures par an (soit une journée de formation par semaine) qui leur permet d’accéder à un diplôme : une certification de niveau bac+3 ou niveau 2 du RNCP.

Tous les stagiaires soulignent le côté pratique de la formation à distance, puisqu’ils peuvent rester chez eux, travailler à l’heure qui leur convient, tout en bénéficiant du réseau professionnel de l’école. « Innovation, sur-mesure, qualité » : c’est ainsi que Laure Vitou, directrice développement formation de Provale, définit cette formation soutenue par Uniformation.

Pollinisation des savoirs internes

De nombreuses structures ont des difficultés à recruter sur certains postes, notamment sur les nouveaux métiers ou ceux en évolution. Le groupe Immobilière 3F a expérimenté la formation en situation de travail (FEST) pour ses futurs chargés de gestion locative, dans le cadre d’un appel d’offres Copanef-FSPP et Anact ; Uniformation portait ce projet expérimental. « L’intérêt de ce type de formation, souligne Florence Petit, chef de projet formation à l’Immobilière 3F, est de travailler sur l’acquisition de compétences, d’aboutir à une certification et donc à une meilleure employabilité, et de valoriser les compétences de formation de l’Immobilière. »

Deux stagiaires, l’une en prise de poste, l’autre en reconversion, ont participé à cette expérimentation. L’accompagnatrice référente FEST (ou tutrice) était une chargée de gestion locative senior, « qui a déjà fait de l’accompagnement sur poste et a montré des aptitudes pédagogiques ». La première étape a consisté à s’immerger dans le service clientèle pour repérer les meilleures pratiques et y réfléchir, puis à identifier les situations apprenantes avant de construire le parcours de FEST et d’imaginer l’outillage pédagogique (traçabilité des progrès accomplis, des compétences acquises, etc.) et le tutorat. Cette FEST s’appuyait sur des supports numériques : un référentiel pour évaluer en amont (compétences de départ) et en aval (compétences acquises), un carnet d’apprentissage où stagiaires et tutrice pouvaient échanger, des outils d’accompagnement à la FEST (traçabilité).

« La FEST présente un intérêt réel : la personnalisation de la formation en fonction des besoins et par rapport aux compétences de départ, la valorisation des acquis (puisque l’on mesure la progression) et l’ancrage des apprentissages dans des situations réelles », détaille Florence Petit. Côté entreprise, la FEST est l’occasion pour la tutrice de capitaliser et de valoriser ses bonnes pratiques et de structurer la démarche apprenante. « On peut parler de pollinisation des savoirs : leur diffusion est meilleure quand on se forme en situation de travail », relève Florence Petit.

« L’implication de tous – apprenant, formatrice et direction – est la condition sine qua non de la FEST ». Il en est d’autres : des référents compétents, des outils personnalisés, la nécessité de tracer les avancées (et donc d’objectiver les compétences de départ). Aujourd’hui, Immobilière 3F pense à une certification des formateurs FEST pour constituer un véritable vivier. Et pourquoi pas en passant par une VAE collective.

Du numérique au numérique

Un CFA en ligne pour former aux métiers du numérique. C’est ce que vient de lancer la société OpenClassrooms, un organisme de formation qui crée des plateformes de formation en ligne jusqu’à la certification, tout en « réhumanisant la formation puisqu’un tuteur intervient en ligne », explique Baptiste Domingues, directeur du développement d’OpenClassrooms. « Nous partions du constat que la formation professionnelle en entreprise est essentielle et que les entreprises ont besoin de compétences particulières. » D’où la création d’un centre de formation des apprentis (CFA), soutenu par le rectorat et la région Île-de-France, axé sur les métiers du numérique (dont beaucoup sont en tension), et qui délivre des titres de niveaux 1 à 3, mais vise les niveaux 4 et 5. « Le digital offre l’opportunité de toucher de nouveaux publics ou des publics isolés géographiquement, et de former en masse », affirme Baptiste Domingues.

La société part des besoins des entreprises et identifie les compétences nécessaires avant de développer un MOOC. L’accompagnant, ou mentor, est un professionnel du secteur. La plateforme offre un autre atout : la souplesse, puisqu’il n’y a pas de date de début de formation ; à l’entreprise de débuter quand ça l’arrange, de manière à dégager du temps à l’apprenant. Ce dernier bénéficie de séances hebdomadaires en visioconférence avec son mentor. La motivation des apprentis est souvent pointée comme un des freins à ces formations en ligne. « Mais, explique encore Baptiste Domingues, la technologie permet de créer un environnement d’apprentissage, une communauté d’entraide, etc. »

C’en est-il fini de la formation en face à face, en présence d’autres stagiaires ? Bien au contraire, et tous les intervenants l’ont souligné, la formation digitale et la FEST ne dispensent pas d’un accompagnement pédagogique solide, d’un mentor formé et d’une direction impliquée, même si elles ouvrent des voies nouvelles en termes de méthodologie et d’approche. En s’intéressant à ces nouvelles pratiques formatives, Uniformation prouve, une fois de plus, qu’il n’est pas qu’un organisme de collecte, mais bien un médiateur ou un apporteur de solution entre entreprise et salarié dans un monde de la formation en perpétuelle évolution.

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