Près de 3 400 structures ont répondu à cette enquête, conduite en novembre et décembre 2025,et pour 80 % d’entre elles, le constat est flagrant : les entreprises de la Cohésion sociale ressentent fortement l’impact de la conjoncture.
Baromètre Emploi Formation Compétences 2026 : Des entreprises prudentes dans un contexte économique contraint
Rendez-vous annuel d’Uniformation avec les entreprises de la Cohésion sociale, le Baromètre Emploi Formation Compétences 2026 livre ses résultats. Cette édition 2026 s’est interrogée sur l’impact de la conjoncture économique sur leur activité. Elle met en lumière des entreprises réservées dans leur politique d’emploi face à des budgets très contraints alors que les sollicitations des usagers et les besoins des publics ne cessent d’augmenter.
Des modèles économiques sous pression
Cette pression économique importante est tout d’abord ressentie à travers la baisse des subventions (3 entreprises sur 4 déclarent être significativement impactées), avec certaines branches professionnelles très affectées comme les Ateliers et Chantiers d’Insertion, les Missions Locales ou encore la branche de l’Aide à domicile. Deux autres facteurs conjoncturels influencent l’activité de près de la moitié des entreprises de la Cohésion sociale : une hausse de la sollicitation des usagers et le besoin de développer de nouveaux services et activités pour y répondre. Cette réalité est particulièrement forte dans les branches de l’Aide à domicile ou de l’habitat social, mais aussi des Missions Locales ou la branche du Tourisme Social et Familial.
« On assiste à une forte tension, explique Thomas Vitiello, chef de projets au sein du Pôle projets et études d’Uniformation et responsable des projets et études, entre d’un côté des modèles économiques mis à mal avec des baisses de subventions et de l’autre côté, une demande de services qui augmente avec la sollicitation croissante des publics accompagnés. » De fait, même si les budgets sont de plus en plus serrés, des besoins en développement sont là : plus de la moitié des entreprises se projettent ainsi dans de nouveaux projets en 2026.
Prudence vis-à-vis de l'emploi
En matière de recrutement, les entreprises de la Cohésion sociale font preuve de prudence. 61 % d’entre elles ne prévoient aucun recrutement en 2026. « C’est une hausse considérable par rapport à 2025 où seulement 43 % des entreprises n'envisageaient pas de recrutement l'année suivante. Une augmentation de 18 points qui pousse presque à parler d’un choc de l'emploi » souligne Thomas Vitiello, chef de projets études. « Il y a une véritable inquiétude vis-à-vis de sa propre situation financière et donc un manque de confiance pour s'engager dans des recrutements qui représentent un poids important dans les budgets, notamment des petites structures, très largement majoritaires parmi les entreprises interrogées par Uniformation ». Et pour les entreprises qui déclarent des intentions de recrutement (39 %), il s’agit majoritairement de remplacements de départs sur des postes préexistants (démission, retraite ou inaptitude) et peu de créations de poste.
Des métiers sectoriels toujours en tension
Parmi les métiers les plus recherchés par les employeurs de la Cohésion sociale, se trouvent des métiers sectoriels en tension comme les intervenants à domicile, les aides-soignants ou encore les animateurs d’activités. « Si les recrutements sont parfois freinés par un nombre de candidatures insuffisant, par des écarts entre les compétences disponibles et les attentes (qualifications, certifications) ou par le niveau de rémunération proposé, le secteur poursuit ses efforts pour valoriser ces métiers en améliorant les conditions d’exercice et en développant des parcours de formation » souligne Léo Bétry, chargé d’études et pilote de l’enquête. En parallèle, les métiers transverses tels que les chargés de mission ou chargés de projet occupent une place stratégique dans le développement de nouvelles activités, notamment dans les secteurs de l’habitat social et de l’animation, et ne présentent pas de difficultés majeures de recrutement.
L'alternance en baisse malgré un taux de satisfaction élevé
Interrogées sur l’alternance, 90 % des entreprises qui mettent en place un contrat en alternance déclarent en être satisfaites, voire très satisfaites. Parmi les bénéfices avancés : l'implication de l'alternant, les perspectives d'identifier un futur salarié, le nouveau regard apporté sur l'activité de la structure et l’avantage financier de ce type de contrat. Pour autant, les intentions de recrutement d’alternants n’ont jamais été aussi basses depuis cinq ans : 24 % là où on enregistrait des taux de 30 à 35 % les années précédentes. « Là encore, les entreprises font preuve de prudence et mettent en avant les freins financiers » explique Léo Bétry. « Recruter un alternant c’est un engagement sur un an, souvent deux. Cela représente également une charge d’encadrement supplémentaire. Sans remettre le dispositif en cause, les structures, aujourd’hui plus attentistes, préfèrent attendre un peu moins d’incertitudes conjoncturelles malgré les aides disponibles ».
En parallèle du Baromètre 2026, Uniformation vient de mener une enquête flash auprès de l'ensemble des entreprises qui avaient déjà eu recours à l’alternance et qui hésitent désormais. Deux freins principaux sont identifiés : le coût du recrutement devenu trop cher à cause de la baisse des aides et du reste à charge, et la situation économique de l’entreprise qui ne permet plus de recruter une personne en plus, même en apprentissage. Dans ce contexte, la commission paritaire Alternance poursuit sa réflexion sur le développement qualitatif des parcours « car le dispositif a fait ses preuves, il existe un véritable retour sur investissement et le process administratif a été simplifié. La mise en place, la formalisation et le dépôt d’un contrat est aujourd’hui plus facile » souligne Elisa Braley, adjointe au directeur de la direction de l’appui aux branches professionnelles au sein d’Uniformation.
La formation toujours plébiscitée
Dans cette conjoncture difficile, la formation résiste et convainc même les structures qui y voient un levier pour renforcer les compétences de leurs équipes dans un moment où les moyens diminuent mais où l’activité reste dynamique. 80 % des entreprises ont ainsi formé leurs salariés en 2025. Le Baromètre 2026 a aussi interrogé les répondants sur leurs besoins d’accompagnement ou de formation sur des thématiques sociétales importantes et trois se démarquent : l’intelligence artificielle (IA), la santé mentale et la qualité de vie et les conditions de travail. Sur l’IA, les entreprises demandent notamment à être accompagnées pour trouver des formations adaptées et être tenues informées sur le sujet. Sur les deux autres thématiques, la demande concerne davantage la mise à disposition de ressources pour identifier les besoins des salarié(e)s ou des publics accompagnés. « Par là même, ils plébiscitent aussi le rôle d’Uniformation comme conseil de proximité » indique Elisa Braley.
Un focus sur l'intelligence artificielle
Mis en place l’année dernière, un indicateur a particulièrement retenu l’attention : en un an, le nombre d'entreprises qui déclarent utiliser au moins ponctuellement des outils numériques s'appuyant sur l'IA a doublé passant de 24 % à 49 %, voire dans certaines branches, triplé. Là où 42 % des établissements déclaraient l’année dernière que ce type d’outils leur semblait encore trop éloigné de leur activité, elles ne sont plus que 27 % cette année. « On assiste à une prise de conscience sur la diversité d'utilisation de ces outils » note Léo Bétry. Mais le Baromètre 2026 souligne aussi que les entreprises restent peu informées sur les risques associés à l'utilisation de ces outils et très peu déclarent déjà encadrer les pratiques d'utilisation. Là aussi, pour objectiver le sujet et adapter son offre, Uniformation lance en 2026 une étude sur les usages de l’IA. L’Opco adressera en juin deux questionnaires aux entreprises pour identifier les pratiques en place : un à destination des employeurs et un autre à destination des salariés.
Une offre de services ajustée
Les enseignements de cette nouvelle édition vont être délivrés aux branches professionnelles, avec des résultats focalisés sur leur périmètre. En parallèle, Uniformation ajuste son offre de services et notamment son catalogue national transversal en y intégrant des thématiques clés comme la santé mentale ou l’emploi des seniors. Par ailleurs, comme l’an dernier, les conseillers emploi-formation d’Uniformation peuvent proposer des ateliers et ressources aux entreprises de leur territoire selon les besoins exprimés.